the way things go
Cinq interprètes entrent dans une chaîne ininterrompue de chutes. La performance traite du mouvement qui passe d’un corps à l’autre. Le duo d’artistes suisses, Peter Fischli et David Weiss, ont créé en 1987 un film nommé Der Lauf der Dinge, qui a inspiré ce travail. On voit dans le film un enchaînement impressionnant de chutes d’objets quotidiens. L’interprétation chorégraphique est repensée en fonction des corps, et la mise en scène à travers eux. Le cadre et le mécanisme sont univoques : un corps transmet à un autre l’impulsion du mouvement, qui à son tour transmet à un troisième corps la force/mouvement. C’est par la persistance de cette réaction en chaîne qu’apparaît un effet domino, tandis que se met en évidence la loi de la chute des corps. Pendant que la réaction progresse, les interprètes se repositionnent de manière à être de nouveau affectés, et à créer une mouvement perpétuel.
Le désir est de mettre en lumière la spécificité des corps dans chaque situation, grâce au principe de différenciation. Chaque corps affecté agit différemment puisque la nature lui attribue des qualités différentes. En laissant agir les forces en place, cela donne ou non la possibilité au mouvement de souligner la matérialité des corps. Le matériau s’offre comme une sculpture tridimensionnelle en flux permanent. Les personnes du public influent sur le dispositif en choisissant la façon dont elles se positionnent dans l’espace car il n’y aura pas de chaises à leur disposition.
C’est une certaine lecture du mouvement qui est à l’œuvre ici, qui implique une incarnation du spectateur. L’anticipation de ce qui va se dérouler et le “comment”, le tracé des forces et la recherche du mouvement qui se met en place sont les principaux aspects de cette “lecture”. Le moment singulier est pensé et expérimenté à la fois avant et après – de manière imaginaire et en projection. Ce qui permet ensuite une réflexion sur la mémoire en rapport avec la résolution : pouvait-on y croire ? Le concevoir à l’avance ? En fonction de mes attentes ? Mais avant tout il s’agit de se focaliser sur le moment même du déroulement, du processus.
the diffuse
The diffuse est un travail qui vise à la fois la qualité matérielle et structurelle de la diffusion et l’expression. La diffusion est atteinte selon deux angles : selon la superposition de matériaux au travers desquels les interprètes voyagent, mais aussi selon le fait que rien ne s’installe ni ne s’établisse jamais dans le temps. Chaque couche est en soi excessivement simple, et à première vue, il n’y a même rien de remarquable dans ce que nous voyons.
Cependant, par une superposition constante et par le fait de laisser partir le matériau, en faisant et défaisant les étapes, quelque chose se déroule au niveau physique et performatif qui ne nous permet plus de savoir exactement ce que nous voyons.
C’est sur ce renouvellement permanent que se concentre la création. Non pas sous forme de son esprit fuyant, ou de par le manque créé, mais par sa présence elle-même et le fait d’insister dessus.
On traite de mouvements abstraits tels qu’on en trouve dans la vie quotidienne : marcher, toucher, s’allonger, se tenir debout, tomber, etc. En se dévouant à l’expérience corporelle, c'est-à-dire en créant un corps sensoriel qui ne soit situé ni dans le temps ni dans l’espace, nous croyons qu’au travers d’une telle expérience le public peut ressentir quelque chose.
En tant qu’interprètes nous travaillons sur nous-même, nous nous affectons, nous nous faisons et nous défaisons.
Nous utilisons nos corps pour le faire, explicitement et activement : l’expression qui en découle étant celle d’une activité.